Quiconque n’a jamais écouté Genocide Organ avec le son à fond dans une chambre noire n’est pas encore arrivé au bout des expériences auditives extrêmes que l’on se doit de faire lorsque l’on est un amoureux de la musique qui fait grincer les dents. Vous pensiez que le style le plus violent était le grind-core ? Pour moi, il ne fait aucun doute qu’il s’agit de ce projet power-electronics directement issu de la musique industrielle des « pères fondateurs » et qui produit depuis 1989 une musique basée sur un bruit pur, brûlant et ondulatoire couronné de slogans psalmodiés par des voix violemment modifiées. Bien entendu le siège idéal pour apprécier l’album Under Kontrakt me semble être un fauteuil de dentiste, et l’animation visuelle pourrait consister en une projection stroboscopique de Nacht und Nebel.
Le thème principal de Under Kontrakt est, comme son nom l’indique, le métier de mercenaire. Un titre est consacré notamment au mystérieux Bob Dénard, agent des services français bien connu ayant œuvré dans de nombreux états d’Afrique, mais dont les mémoires ne sont jamais parues pour cause de rapport négatif avec les rares journalistes ayant souhaité l’interviewé, ainsi que d’une maladie d’Alzheimer l’ayant privé trop tôt de ses capacités. En conséquence, l’album touche aussi à la décolonisation et son histoire sanglante. La façon de G.O. d’aborder ses textes est celle d’un cynisme absolu, poussé à l’extrême sur l’horrible Forever whore, référence probable à des faits divers du type Joseph Fritzl, ainsi que sur l’hymne We are here to have a good time. Ce cynisme est à l’origine de la réputation particulièrement mauvaise dont jouit le groupe, et me semble être une magnifique illustration du propos qu’ils partagent notamment avec des pontes comme Laibach.
L’album donne l’impression de durcir son propos au fur et à mesure des titres, passant du relativement ambient Error au son dense, ou encore d’un titre calme et oppressant comme Forever whore vers une violence progressive : Le titre Denard est à base de déflagrations complètement compressées et torturées, I’m with you all day fait varier des grésillements tandis que les sifflements aigus typiques du groupe se font de plus en plus présents, et on aboutit réellement à la torture auditive sur Tamil Eelam ou The lord is my light. Mais tout au long de l’album, le son reste profond, puissant, particulièrement plaisant à l’oreille et suffisamment évolutif pour ne pas lasser l’habitué du power-noise. Et puisque les ambiances se répètent peu, on entre au fur et à mesure dans une véritable histoire qui nous plonge dans la terreur, nous engloutit complètement pour enfin nous laisser à l’air libre durant les dernières secondes de The lord is my light, où un chant d’église nous procure le seul moment de répit auquel nous aurons droit, clair et lumineux.
Au final Under Kontrakt est un très brillant successeur au déjà très brillant In Konflikt, une évolution très plaisante de la musique de Genocide Organ, référence absolue dans don domaine, qui se densifie depuis les assez laids standards de leurs débuts comme Klaus barbie, et qui en deviendrait presque belle, enfin disons au moins esthétique pour ne pas paraître complètement tordu.
Un échantillon gratuit ci-dessous :
1. Error
2. It's Over
3. Forever Whore
4. Denard
5. Prince
6. I'm With You All Days
7. Tamil Eelam
8. Armor Group
9. S.low
10. The Lord Is My Light
11. We Are Here To Have A Good Time
We Are Here To Have A Good Time !
la chro donne envie, le résultat moins pas contre
ouais c'est à dire qu'il n'y a pas de guitares
Au fait, ça s'écoute fort. Avec les basses qui font trembler le bureau sinon ça n'a pas de sens.
Et/ou au casque tant qu'a faire.
Merci pour cette chronique, monsieur Poné.
J'ai enfin pris le temps d'écouter et il est juste excellent.
oui, moins sale. mais au combien plaisamment esgourdisant
Exact, le son est en fait vachement travaillé, et du coup il a beau être violent il reste toujours hyper agréable.

Bon, la prochaine fois qu'il y a un truc bien en concert et que je ne connais pas, prévoyez de me faire découvrir longtemps avant et pas 6 mois après !
T'étais prévenu mais tu as dit j'aime pas.
pas assez tôt pour que je m'y fasse !
Ça t'apprendra.
morue