Difficile de savoir sur quel pied danser avec un personnage aussi controversé que Marilyn Manson. Adulé, détésté, que l'on aime ou pas, force est de constater qu'il dirige sa carrière de main de maître, sachant s'entourer des meilleurs musiciens, et sachant utiliser les médias pour mettre en valeur chacune de ses orientation artistique. Personnalité multifacette insaisissable, le révérend se renouvelle sur chaque opus, et l'on ne sait jamais à quoi s'attendre. Et ce n'est pas pour ce nouvel album que les choses vont changer à ce niveau.
C'est donc quatre ans après le grandiloquent "Golden Age Of grotesque" que Manson nous revient avec un nouvel album nommé "Eat me, drink me", et c'est une fois de plus un Manson différent qui débarque. Difficile apparemment, autant pour l'auditeur que pour ses propres musiciens, de le suivre dans ses délires artistiques. Ainsi c'est avec un line-up une fois de plus remanié qu'il nous présente son nouvel opus. Exit John 5, gentillement remercié après la tournée du best-of, c'est Tim Skold, à présent incontournable, qui s'est chargé des parties de guitare et de basse sur l'enregistrement de l'album et qui tiendra la gratte sur la tournée. C'est lui également, décidemment inspiré, qui a composé l'album dans sa totalité et qui l'a produit dans son studio perso de L.A.
La première écoute est vraiment bluffante. L'album est groovy, dépouillé et sans fioritures, et, ne faisons pas durer le suspens plus longtemps, la majorité des morceaux sont bons! Je dirais même qu'il y en a certains qui sentent le tube à plein nez (cf."Putting holes in happiness", "Red carpet grave", "They said hell's not hot").On ressent une volonté de fraicheur et de spontanéité. Si ce n'est le premier morceau aux relents Holy Woodien (sombre ballade sortant clairement du lot et qui place la barre très haut d'entrée de jeu) et cette voix reconnaissable entre toutes, on à affaire ici à quelque chose de vraiment nouveau qui risque de choquer les fans du Manson période Antichrist Superstar et Holy Wood. "Eat me, drink me" est plus proche d'un Mechanical Animals, sans le côté paillettes. Fini les morceaux haineux aux guitares saturées et les textes vindicatifs, Manson se rachète une conduite et ouvre avec cet album une nouvelle ère pour le groupe. "Eat me, drink me" se place d'ores et déjà comme un élément charnière dans la discographie du bonhomme. Ayant tout d'abord décidé de mettre en mode pause sa carrière musicale pour se concentrer sur d'autres formes artistiques (peinture, cinéma), le declic fut provoqué par l'écriture de "Just a car crash away", ballade touchante ou l'émotion est à son paroxysme.
Contrairement aux albums précédents, "Eat me, drink me" ne repose sur aucun concept pré- établi: en fait le personnage de Marilyn Manson se confond avec celui de Brian Warner et le révérend devient lui même l'objet de ses chansons, dans une sorte de journal intime dans lequel il exorcise ses démons. Les sujets traités concernent les relations amoureuses, marquant ainsi une grosse rupture avec les thèmes abordés habituellement. Les textes sont directs, débarassés des métaphores et autres images dont Manson se delectait sur les opus précédents. Parmi les nouveautés, on peut noter un changement au niveau du son de guitare, plus "classique", plus rock que metal en quelque sorte, tout comme l'album dans sa totalité, qui contient son lot de solis efficaces et bien exécutés (cf. "They said Hell's not hot" petit tube en puissance dont le refrain nous squatte la tête immédiatement). On sent également un gros travail sur la voix. Manson chante bien (éspérons que le résultat sera visible en live également, domaine dans lequel il n'a jamais brillé...). On a réellement l'impréssion que sur cet opus Manson et Tim Skold ont décidé de se laisser aller et de ne pas entrer dans un concept élaboré afin de donner un côté immédiat -assez sympa il faut l'avouer- à la musique.
Même si à force de changer de peau à chaque nouvelle sortie d'album il risque un jour de se perdre, Manson nous livre ici une bien bonne galette, bien que "Eat me, drink me" ne soit pas son meilleur album. Nul doute sur le fait qu'à défaut d'être acclamé par la frange du public conquis avec Antichrist Superstar ou Holy Wood, il saura s'attirer un public nouveau, et ce sera amplement mérité, car rapellons le, Manson n'a à ce jour encore jamais sorti de mauvais album.
- Sheol -
1. If I was your vampire
2. Putting holes in happiness
3. Red carpet grave
4. They said hell's not hot
5. Just a car crash away
6. Heart shaped glasses
7. Evidence
8. Are you the rabbit?
9. Mutilation is the most sincere form of flattery
10.You and me and the devil make three.
11. Eat me drink me.