Après le diptyque "Deliverance"et "Damnation" sorti en 2002-2003, autant dire qu'Opeth était attendu au tournant pour son prochain album, tant la paternité de ces deux oeuvres aura été difficile pour le groupe. Michael Akerfeldt, compositeur principal, ayant prévu un long break pour se remettre de ce travail qui leur avait coûté beaucoup d'énergie, quelle ne fut pas fut notre surprise quand sortait, seulement deux ans plus tard, leur nouvelle galette nommée "Ghosts Reveries".
Autant dire tout de suite que cet album semble ouvrir une nouvelle ère pour les suédois, de par leur signature récente chez Roadrunner, ainsi que par l'intégration d'un nouveau membre permanent, j'ai nommé Per Wiberg, clavier des Spiritual Beggars (qui était déja connu des fans du groupe pour avoir assuré les claviers pour Opeth sur différentes tournées). De plus, et pour la première fois, Steven Wilson n'étant pas disponible, c'est Opeth qui a entièrement produit ce nouvel opus.
Entrons dans le vif du sujet, et analysons la bête. A la première écoute, cet album reste dans la continuité des précédents. En effet, Opeth nous sert une recette qui est la même depuis des années, à savoir un death d'excellente qualité, alliant avec génie le côté schizophrène de la musique des suédois, c'est à dire des passages éléctriques death se mariant parfaitement avec des envolées acoustiques en voix claire. Force est de constater que sur cet album les growls qui ont fait la réputation d'Akerfeldt sont encore plus puissants, plus gutturaux, plus graves, tout en permettant à l'auditeur de comprendre les paroles. De plus, les passages acoustiques ont pris encore plus de place dans l'espace sonore, atteignant allègrement les passages éléctriques au niveau quantitatif.
Les morceaux de cet album sont fidèles aux critères imposés par le groupe: longs (environ dix minutes en moyenne), complexes et ponctués par des solis de grande classe et par des passages acoustiques dans lesquels Akerfeldt nous prouve une fois de plus qu'il maîtrise à la perfection le domaine du chant clair (ce qui n'est pas le cas de tous les chanteurs death..).
Quelques notes de piano mélancoliques ouvrent l'album et comme à son habitude, Opeth nous propose le calme avant la tempête : c'est "Ghosts of perdition" excellent morceau suivit de "The baying of the hounds", tout aussi bon, dans la pure tradition d'Opeth. Viennent ensuite "Beneath the mire" et son riff arabisant, suivit de "Atonement", interlude agréable qui ramène un peu de tranquilité dans ce monde de brute, avec un arrière goût orientale survolée par la voix trafiquée de Michael Akerfeldt, par les percussions de Martin Lopez (qui a décidément un touché inimitable, tout en finesse) et par les claviers subtils de Per Wiberg ."Reverie/Arlequin forest", morceau le plus long de l'album qui se termine sur un duo guitare/batterie qui n'est pas sans rappeler la fin de "Deliverance" sur l'album du même nom. Puis c'est au tour de "The grand conjuration" pièce centrale de cet opus et là c'est la claque : un des tous meilleurs morceaux composés par le groupe, sombre, inquiétant et envoutant qui fait l'effet d'une bombe en live. Notons au passage la très bonne intégration de Per Wiberg dans le groupe, qui apporte sa touche perso tout en subtilité.
Mais dans toutes ces éloges, il y a quand même un bémol. La production est irréprochable, le son est puissant et bien travaillé. Cependant l'absence de Steven Wilson se fait cruellement ressentir en certains points. En effet, dans les albums précédents, aucun morceau n'était dispensable et l'oeuvre formait un tout ou chaque pièce avait sa place. "Ghosts reveries", quant à lui, se démarque de ses prédécesseurs par le fait qu'il nous propose des morceaux dispensables Je pense notamment à "Hours of wealth", belle ballade aux accents bluesy mais qui ne colle pas avec reste de l'album et qui tombe comme un cheveu dans la soupe entre deux des meilleurs morceaux. De plus, l'intro est bien trop longue et assez médiocre. Mais je pense aussi à "Isolation years", morceaux trop mièvre et totalement dispensable, qui fait retomber l'ambiance après un "the grand conjuration" énorme, alors qu' on aurait plutôt attendu un morceau long et puissant, pour finir en beauté. Comme "Blackwater park" sur l'album du même nom, ou comme"By the pain I see in other" sur "Deliverance".
Pour conclure, Opeth nous offre avec "Ghosts reveries" un excellent album, comme toujours, avec toutefois quelques petites décéptions frustrantes, mais bien rattrapées par la qualité des autres compositions. Et puis, quel potentiel! Encore aujourd'hui, après plus de douze ans d'activité, Opeth reste un groupe à part, brillant par ses qualités tant humaines que musicales. Alors quelques petites erreurs sont vite pardonnées. Vivement la suite!
- Sheol -
Ghost of perdition
The baying of the hounds
Beneath the mire
Atonement
Reverie/Arlequin forest
Hours of wealth
The grand conjuration
Isolation years