Skinny Puppy - Handover

Année de sortie: 
2011
Skinny Puppy - Handover

Dans les bistrots du monde entier, les conversations allaient bon train. « Oui, le Mythmaker de Skinny Puppy n’était quand même pas très inspiré, tandis que l’album de Ohgr, Devil’s in my details était quand même un sacré truc… ».

Vous imaginez sans peine tous les pochetrons avinés déclarer haut et fort que Skinny Puppy était plus ou moins fini alors que le futur album d’Ohgr allait tout défoncer. Hé ben comme d’habitude, tout le monde s’était planté…
Je sais, tu vas me dire que dans les cafés du monde entier on ne parle pas du tout des électroniciens canadiens, et qu’on préfère pronostiquer sur les résultats du foot, et tu n’auras pas tort. Tu auras même raison. Mais c’est bien dommage, parce que pour tout amoureux de la musique, et surtout pour chaque femme/homme/les deux de bonne volonté qui apprécie les musiques électroniques, l’album dont je vais à présent t’entretenir devrait devenir une référence, un objet inloupable qu’il faut absolument avoir écouté et que l’on devrait enseigner dans les écoles de musique bordel de merde sinon c’est vraiment qu’il n’y a pas de justice en ce bas monde. Tu vas me répondre « non Poney, il n’y a pas de justice en ce bas monde » et tu auras raison pour la deuxième fois. Tu commences vraiment à m’énerver. Petit con.

Après 25 ans d’une carrière qui les a élevés au rang de mythe (« Oh Poney tu en fais des tonnes, arrête. » « Va te faire foutre, petit con ») et au cours de laquelle Nivek Ogre et Cevin Key n’ont cessé de faire évoluer leur musique tout en préservant la violente folie qui en a toujours émané, voilà qu’arrive leur dernière production, j’ai nommé Handover. Et encore une fois, le son de Skinny Puppy a changé, assimilant les courants plus récents que sont dub/drum n’ bass et tutti quanti pour les maltraiter, les torturer et produire un résultat jamais entendu jusqu’à présent, n’ayons pas peur de le dire.

Le son de cet opus trouve un écho sur le dernier album de Download, projet personnel de Cevin Key. Il apparait plutôt doux à l’oreille et très travaillé, complexe, entremêlant des sources sonores surprenantes pour aboutir à une musique profonde et multi-couches. Difficile d’y trouver les habituels presets que tout le monde utilise et d’en faire le tour en quelques écoutes.

J’annonce que Handover est un hit, et pourtant il commence assez faiblement, un peu comme si les b-sides étaient mis en avant. En particulier, les balades Cullorblind et Wavy, si elles contiennent des sons originaux, pèchent par la présence de guitares respectivement électriques puis sèches qui soutiennent mal des mélodies mollassonnes rappelant un peu trop ce que l’on pouvait trouver sur les albums précédents. Le premier titre Ovirt ne happe pas immédiatement l’auditeur, bien qu’il soit en réalité une réussite qui se révèle après quelques essais. D’une boucle certes linéaire, Cevin parvient à faire monter un crescendo tout en nous faisant perdre nos repères progressivement et crée ainsi une pièce remarquable de folie.

Le très bon commence alors : Ashas s’inscrit aussi dans les chansons mélancoliques de Skinny avec une rythmique low tempo mais possède des mélodies assez grandioses soutenues par un violon samplé et rendu particulièrement limpide et lyrique. Nivek y pose enfin un phrasé excellent d’une voix torturée par de multiples effets qui prennent le relais les uns des autres.

Ok, maintenant on peut commencer à danser. La rythmique speed de Gambatte, alliée à des effets sonores à la fois naïfs et intelligents aboutit sur un refrain très prenant soutenu par une grosse guitare. On se souvient des meilleurs titres de Devil’s in my details. Assez similaire par l’ajout judicieux de cette guitare puissante, Village est un tube à la manière d’un titre comme Ugli, alliant un phrasé hostile à des lignes de basse irrésistibles (et je reste persuadé que Cevin a samplé le bruit de son aspirateur qui s’éteint à la fin de ce titre). En parlant de lignes de basse qui bastonnent, Icktums en possède bien une qui tarde à se faire entendre et monte ainsi en aiguille un titre très technoïde qui ravira les acharnés du dance-floor (et nous sommes nombreux, je le sais).

Je disais tout à l’heure que Cevin avait de nombreuses influences dub depuis quelques années, il ne faut pas non plus oublier l’influence hip-hop présente chez Skinny depuis TGWOTR qui se trouve ici rappelée par l’excellente Point, probablement la chanson hip-hop la plus malade que j’aie jamais entendue, franchement je suis à deux doigts de lancer un concours et d’offrir une bière à celui qui me trouvera un titre qui soutient la comparaison dans le rap des vingt dernières années. Encore une fois, la basse y est dantesque et un lyrisme totalement hallucinant vient clore ce tube en puissance.
Les titres Vyrisus et Brownstone sont moins « tubesques » mais ont le mérite de ne pas abaisser le niveau. Brownstone serait apparemment une petite comptine bien vicieuse dont les paroles devraient plaire aux anglophones. Enfin, l’album se clôt sur ce qui parait plutôt être un tour de force qu’une véritable chanson, 7 minutes de rythmiques hystériques et un fourre-tout de petits sons qui devaient rester en stock et ne pas pouvoir servir sur les autres titres. Un morceau qui prend tout son sens sous substance illicite.

Y a pas à chier dans la colle, on est plutôt vernis de compter sur notre petite planète des génies comme nos deux canadiens. D’après les communiqués de leur label SPV, des tournées sont prévues aussi bien pour Ohgr que Skinny Puppy dès l’année prochaine, et il faudra vraiment se bouger le cul dans la mesure du possible pour s’en prendre plein la tronche, non parce qu’en plus en live c’est une expérience qui n’a pas son pareil. « Ouais Poney tu l’as déjà dit ça tu le dis tout le temps » « Ta gueule petit con ».

01. Ovirt
02. Cullorblind
03. Wavy
04. Ashas
05. Gambatte
06. Icktums
07. Point
08. Brownstone
09. Vyrisus
10. Village
11. Noisex

Note du chroniqueur: 
5
5
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Commentaires

Avatar de Edgecrusher
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Inscription: 27/02/2010

Fantastique chronique pour un album qui s'annonce tout aussi fantastique ! fuck

Avatar de AlpoH
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Inscription: 17/03/2010

Il va falloir que j'essaye ça !

Avatar de Ramiel
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Inscription: 11/04/2010

Encore une couverture avec des gens qui font des kamehameha ...

Avatar de Petit Poney
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Inscription: 04/04/2010

Ramiel, grandis un peu