Pour ma première chronique ici, je voulais explorer des horizons un peu inconnus sur le chuul, histoire de marquer mon retour à la chro d'une pierre blanche (et non pas marquer mon retour à la kro d'une bière blanche). Première pensée: chroniquer du reggae. Problème 1: posséder un disque de reggae. Problème 2: écouter un disque de reggae. Problème 3: en penser quelquechose. J'ai donc décidé de me retirer définitivement de la vie du reggae dans l'île de ré. Puis j'ai pensé que j'avais quelques splits ci et là qui n'étaient pas chroniqués: la voilà ma contribution à l'histoire glorieuse du chuul, la première chronique de split !
Tout d'abord un split, c'est fait pour faire connaître/découvrir des groupes pour pas cher, donc quelques éléments de background. Dans le coin gauche, en ceinture de challenger et short noir Xnoybis a sorti il y a quelques temps l'excellent album de post hardcore Solace, remarquable plus au niveau du son avec un parti pris noisy intéressant, que de la composition malheureusement. Dans le coin droit, en short noir et ceinture de challenger, Pord enfile ses gants après une dernière apparition sur un tribute à Tantrum (les ricains, pas les français qui parlent pointu). Comme c'est un split chacun des groupes a droit une face, et comme je suis une feignasse, c'est un 7", c'est donc un titre par groupe.
Premier round pour Pord, légèrement plus connus que leurs opposants, avec un titre en vitesse 45t/min - réglez attentivement votre platine, j'ai personnellement mis quelques secondes à comprendre que le vinyle n'était pas rayé, mais qu'il y a d'infimes différences sur la transition pendant le premier riff, répété façon tourniquet avant l'apparition du couplet, et du chant bourré d'effets, et si le couplet, puis le "chorus" de basse se tiennent, j'avoue ma déception quand à la qualité de l'uppercut du post: la progression, le développement... on a un peu l'impression que le riff de début et de fin avait été prévu pour un morceau de 8 minutes et qu'on en a coupé un bout ensuite recollé sur un séquenceur faute de véritable place pour le faire évoluer - attention, Joyeux Mimosa n'est pas franchement mauvais, mais juste un peu frustrant, surtout quand on considère que le chant trop filtré et au placement un peu pompier ne rend pas grâce à une basse bien grondante et tournoyante et une guitare qui s'y entend en dissonances - mais, dois-je le dire, c'est la difficulté du 7", un combat en si peu de rounds, c'est pas évident pour exposer son jeu de jambes.
Après le gong, on retourne la galette et on repasse en 33t/min pendant que la pin-up la tronche éclatée sur le bitume montre ses gambettes - ou pas, enfin l'artwork est bien veux-je dire.
Deuxième round, et sur le même type de riff d'intro à foutre le 4/4 en taule pour lambinerie délictueuse, Xnoybis marque d'emblée des points, on retrouve le son crade à souhait, tout est cohérent, fluide dans la composition, et même travaillé, le silence, les notes tenues laissent s'exprimer la batterie, bref, c'est un morceau de post réussi, bien moins métal que sur leur album, mais beaucoup plus mâtiné de math-rock, et avec un sens de la mélodie dissonante allié à une patate qui donne l'envie de danser la danse du scalp tant elle évoque un écorchage à vif - sans doute que c'est ainsi qu'on fait de la boxe en Picardie, cette Picardian Fight Song ayant encore plus de densité en live, alors même que le trio du 7" est devenu duo...
Je conclurai le commentaire de cette soirée bourre-pif par la nécessité absolue d'aller jeter une oreille tuméfiée à ce split qui est dispo en téléchargement sur le myspaetzle de Xnoybis pour ceux qui douteraient de l'utilité de l'achat du split, qu'ils prennent au moins conscience que même si c'est le genre de combat qui s'écoute sur platine, les MP3 pourraient leur prouver que ne pas jeter l'éponge avant d'avoir tué la peau de l'ours vaut bien ceinture dorée de champion du monde des poids lourds.