Un capodastre ne transpose rien par magie : il raccourcit physiquement les cordes, exactement comme un doigt posé en barré, et fait remonter la tonalité d’un demi-ton par case. Douze cases correspondent aux douze demi-tons de la gamme chromatique — au-delà, on retombe sur la même note à l’octave supérieure. C’est ce principe, simple une fois posé, qui permet de chanter juste sans changer une seule position de main gauche.
Pourquoi garder l’accord ouvert
Beaucoup de chansons de Georges Brassens s’accompagnent en Do ou en Sol avec des accords ouverts, ceux qui utilisent des cordes à vide et qui sonnent différemment d’un barré équivalent plus haut sur le manche — plus de résonance, un timbre plus clair. Pour chanter la même chanson en Sol tout en gardant la forme d’accord de Do, la solution n’est pas de rejouer les mêmes accords plus haut sur le manche : c’est de poser un capodastre à la case qui relève le Do jusqu’au Sol, soit sept demi-tons plus haut, tout en continuant à jouer exactement les mêmes formes de Do à la main gauche. Ce répertoire d’accords ouverts, très identifiable, revient souvent du côté de notre rubrique Genres & Artistes, où nous racontons aussi comment d’autres traditions guitaristiques s’en éloignent.
Le placer juste derrière la frette
Une erreur fréquente consiste à poser le capodastre exactement sur la barrette métallique de la case, comme on le ferait pour un barré approximatif. Le bon placement se fait juste derrière la frette, dans la moitié la plus proche de la case suivante, jamais au milieu de la case et encore moins dessus. Posé trop loin en arrière, il fait sonner les cordes de façon étouffée ou avec un léger bourdonnement ; posé trop en avant, sur la frette elle-même, certaines notes peuvent carrément refuser de sonner. La pression, elle aussi, se règle : assez ferme pour que les six cordes sonnent net, pas plus, sous peine de désaccorder légèrement l’instrument en tirant sur les cordes.
La limite de la septième case
Techniquement, un capodastre peut se poser n’importe où sur le manche. En pratique, au-delà de la septième case, le son devient étouffé : les cordes, déjà raccourcies par le capodastre, sonnent de plus en plus comme un ukulélé plutôt que comme une guitare, et l’écart entre les cases se resserre au point de rendre les doigtés inconfortables. Une transposition qui demanderait un capodastre au-delà de cette limite s’accompagne mieux autrement : soit en revoyant directement les accords sans capodastre, soit en acceptant de chanter une octave plus bas.
Le calcul, sans se tromper
Le nombre de cases à compter correspond toujours à l’écart en demi-tons entre la tonalité d’origine de l’accord ouvert et la tonalité souhaitée pour la voix. Se tromper d’une case suffit à décaler tout l’accompagnement d’un demi-ton, ce qui s’entend immédiatement dès que la voix rentre. Plutôt que de compter de tête à chaque chanson, notre widget de calcul du capodastre, disponible sur le site, indique directement la bonne case à partir de l’accord ouvert de départ et de la tonalité recherchée — utile en particulier sur un répertoire aussi attaché aux accords ouverts que celui de Brassens. Une fois la bonne case identifiée, il ne reste plus qu’à vérifier au clavier ou à l’oreille que le résultat sonne bien à la hauteur voulue avant de commencer à chanter — la case indiquée par le calcul reste théorique tant qu’elle n’a pas été confirmée par l’oreille, surtout sur une guitare dont l’accordage n’est déjà pas parfaitement juste au départ.



